Je suis artiste peintre spécialisée dans les aquarelles de paysages normands, mais je n’ai pas toujours peint à l’aquarelle. Dans cet article, je vous explique comment j’en suis arrivée à peindre à l’aquarelle et pourquoi je trouve que c’est une technique formidable pour peindre le paysage dans un style figuratif.
Mon évolution artistique
Mon histoire avec le dessin
Pour en savoir un peu plus sur la manière dont la place du dessin a évolué dans ma vie, je vous renvoie à mon article sur mon histoire avec le dessin. Je vous parle plus en détail de ce qu’est le dessin pour moi et comment j’en suis arrivée à vouloir devenir artiste peintre.
J’ai toujours dessiné, et depuis que je suis enfant j’aime expérimenter de nouvelles manières de créer avec mes mains. Trouver la meilleure façon d’utiliser une technique de peinture est quelque chose qui m’a toujours plu, j’aime aller au bout d’une technique et adapter le sujet à ce que permet cette technique. Pour l’aquarelle, ça a été le contraire, je vous en parle un peu plus bas dans cet article.
J’ai pris beaucoup de cours de dessin pendant mon enfance et mon adolescence ainsi que pendant mes études supérieures en Design. Nous avons eu la chance d’explorer un grand nombre de techniques, mais il y avait toujours une chose avec laquelle j’avais beaucoup de mal et c’est une des raisons pour lesquelles je n’ai recommencé l’aquarelle que bien plus tard : je détestais peindre en couleur. En réalité, je n’y arrivais pas du tout.
En effet il y a encore quelques années, je dessinais exclusivement en noir et blanc, des scènes très détaillées, très chargées. Mon style de dessin se rapprochait parfois de la gravure avec des trames très serrées qui suggéraient les ombres et les volumes. J’aimais beaucoup ce style et j’aimais le résultat. Mais c’était un peu ma zone de confort.
Pour moi, créer un dessin avec une belle harmonie colorée était quelque chose de très compliqué. Je suis donc restée dans ma zone de confort pendant quelques années, tout en essayant de varier un peu les dessins.
Au bout d’un moment, j’ai tout de même commencé à utiliser l’aquarelle, mais en ne me servant que d’une seule couleur, le bleu indigo. Pourquoi le bleu indigo ? Simplement une question de goût. Mais l’aquarelle me servait alors simplement à créer des nuances, des volumes et des textures. Je trouvais le bleu plus doux que le noir, mais je ne me sentais pas encore prête à utiliser plusieurs couleurs dans mes dessins.
La couleur et les paysages
En 2020, je suis allée faire une saison sur les îles Chausey, un archipel en Normandie, au large de Granville. La première année, j’ai complètement mis de côté le dessin, il faut dire qu’une saison c’est assez intense ! Mais la deuxième année, j’ai ressenti le besoin de m’y remettre. Les paysages de Chausey, toujours changeants, entre les marées impressionnantes et les nuages qui jouent en permanence avec le soleil, m’ont donné envie de reprendre le dessin.
C’était alors impensable pour moi de dessiner en noir et blanc. Les nuances colorées que je voyais dans le paysage étaient bien trop belles pour être ignorées. Et pour avoir déjà essayé de dessiner la mer en noir et blanc, je trouve que ça lui donne systématiquement un côté menaçant et sombre, et ce n’était pas du tout l’atmosphère que j’avais envie de faire ressortir.
Alors j’ai ouvert ma boîte d’aquarelle que je n’avais pas touchée depuis mes études. Et j’ai commencé à peindre la mer. Les débuts étaient assez fastidieux. Le fait d’acheter un papier de bonne qualité m’a déjà beaucoup aidé ! Mais représenter fidèlement les couleurs et créer une composition et une harmonie colorée dans mes peintures m’a demandé beaucoup de temps et d’essais. Je voulais absolument associer les trames au stylo noir fin à l’aquarelle, mais ça ne fonctionnait pas du tout. J’avais le sentiment que le stylo noir était devenu un peu ma patte, ma marque de fabrique et j’avais du mal à m’en séparer. Ce n’est pas toujours évident de sortir de son style.
Mais lorsque j’ai accepté l’idée de ne peindre qu’à l’aquarelle, sans ajouter des traits au stylo qui alourdissaient mes dessins, j’ai commencé à être satisfaite de ce que j’arrivais à représenter. Petit à petit, j’ai réussi à peindre la mer, telle que j’avais toujours voulu la peindre. Peindre la lumière qui transperce les nuages m’a pris un peu plus de temps. Il m’a fallu encore une année de pratique pour peindre les cieux tels que j’avais envie de les représenter.
Je continue d’expérimenter à l’aquarelle, sur des formats un peu plus grands. C’est vraiment une technique que j’adore !
L’aquarelle et ce qu’elle permet
Vous savez maintenant comment j’en suis arrivée à peindre à l’aquarelle, mais j’avais également envie de vous expliquer plus en détail pourquoi je trouve que c’est une technique fabuleuse.
Le côté pratique de l'aquarelle
Parfois je regarde ma petite boîte d’aquarelle. Cette petite boîte en plastique blanc, toute pleine de tâches, que je traîne avec moi depuis dix ans. Avec ses godets creusés, d’autres, inutilisés, qui sont peut-être là depuis dix ans aussi. Et je me dis que c’est fou que cette petite boîte toute moche me permette de créer des mondes, de représenter la lumière et la beauté du paysage, me permette de créer une connexion avec les personnes qui partagent ma sensibilité et mon amour des beaux paysages normands. Tout ça grâce à une petite boîte qui tient dans la poche.
C’est vrai que contrairement à d’autres techniques, comme la peinture à l’huile par exemple, l’aquarelle a cela de très pratique qu’elle ne nécessite pas tant de matériel que cela. Pas besoin d’emporter des toiles sur châssis, des tubes de peinture, de l’essence de térébenthine ou autre.
Pour ce qui est des pinceaux, je n’en utilise finalement pas plus de cinq. À force d’essais, on finit par trouver ceux qui correspondent à notre manière de peindre, nos outils de prédilection. Et l’aquarelle, n’étant que de l’eau pigmentée, les pinceaux s’usent beaucoup moins vite que pour les peintures épaisses qui finissent par abîmer les poils.
Pour ce qui est du support, une feuille de papier suffit, pas besoin de toiles encombrantes à préparer.
Il en va de même pour le temps de séchage. Un coup de sèche-cheveux et votre aquarelle est sèche en quelques secondes. Rien à voir avec la peinture à l’huile qui peut prendre des mois voire des années à sécher. Cela me facilite grandement les choses pour les commandes sur mesure !
C’est pour toutes ces raisons que je continue de peindre à l’aquarelle, je peux l’emmener partout et c’est si simple de s’y mettre. Mais évidemment, le côté pratique n’est pas la seule raison pour laquelle je continue de peindre à l’aquarelle.
La transparence et les couches
La particularité de cette technique, c’est sa transparence. C’est ce qui fait que l’on peut avoir des résultats si beaux, mais c’est également sa difficulté, car toutes les couches se voient les unes à travers les autres. C’est une technique qui ne pardonne pas et qui demande de réfléchir à l’envers. À chaque couche, il est primordial de se demander quelle zone on souhaite laisser claire, car il est impossible d’ajouter de la lumière la fin de l’aquarelle. La lumière, c’est le blanc du papier. Chaque couche doit donc être réfléchie en conséquence.
Pour créer une harmonie colorée, l’aquarelle a cela de pratique que l’on peut réaliser une première couche très claire sur l’ensemble de la surface pour que la peinture ait un sous-ton coloré uniforme. Évidemment, ce n’est qu’une manière de faire parmi d’autres. Dans mon cas, à part le ciel que je ne travaille qu’en une ou deux couches, le reste du tableau reçoit minimum sept couches de peinture.
C’est aussi cette méthode qui permet de créer de la profondeur. En jouant sur la dilution de la peinture, on peut donner l’impression de quelque chose de plus ou moins éloigné. C’est notamment ce que je recherche lorsque je peins les oiseaux dans le ciel. Mais c’est très intéressant aussi pour les paysages éloignés.
L’aquarelle permet de peindre à la fois la nature et le bâti
À l’aquarelle, on peut avoir un trait très expressif et hasardeux comme un trait beaucoup plus précis et maîtrisé. J’aime beaucoup utiliser les deux dans une même aquarelle. Un trait plus vif sur un papier préalablement mouillé me permet de peindre les nuages et la végétation de manière assez organique et dynamique. J’aime que les éléments de la nature soient un peu flous, pas très précis, simplement suggérés par des formes, des ombres et du mouvement.
Au contraire, pour ce qui est du bâti, je rentre beaucoup plus dans les détails. Évidemment, le pinceau utilisé ne sera pas le même. Je peins d’abord les surfaces en aplat pour créer un sous-ton coloré uniforme puis couche après couche je rajoute les ombres pour créer du volume et les détails des textures du bâtiment avec un pinceau de plus en plus fin.
Le fait de pouvoir peindre des détails très précis, mais aussi des formes beaucoup plus vagues à l’aquarelle permet également de mettre l’accent sur un élément, une maison par exemple, en ne suggérant le reste que de manière assez floue.
Vous savez maintenant pourquoi j’aime tant l’aquarelle et comment j’en suis arrivée à cette technique après en avoir essayé beaucoup d’autres. Si vous souhaitez voir le résultat, je vous invite à faire un tour sur mon site pour découvrir toutes mes aquarelles des beaux paysages normands. Et si l’idée de vous offrir votre propre aquarelle vous intéresse, n’hésitez pas à faire un tour sur la page dédiée aux aquarelles sur mesure.